Voilà un bug informatique qui pourrait coûter cher. L’affaire du site d’intermédiation financière Boursomaroc a un parfum de scandale. Cette société serait, en effet, au cœur de la tempête boursière des journées de la mi-septembre.
Que l’on s’en rappelle, les indices avaient subi de sévères corrections sans que la communauté financière ait pu identifier les véritables causes. Le marché s’était, à l’époque, fait l’écho d’éventuelles manipulations de cours, de ventes à découvert. Ce que les autorités monétaires avaient démenti, «du moins tant que les enquêtes en cours n’avaient pas abouti», avait fait valoir le CDVM.
Aujourd’hui des détails commencent à filtrer. C’est une erreur du nouveau système de cotation qui est mise en cause. Un bug dont aurait profité un certain nombre d’investisseurs via un (ou plusieurs?) intermédiaires boursiers. Le seul incriminé pour l’heure est Boursomaroc. Contacté par L’Economiste, le CDVM confirme bien l’existence d’une erreur mais se garde d’accuser qui que ce soit. «Nous nous sommes rendu compte de l’erreur au moment de la migration vers le nouveau système aboutissant à l’apparition chez certains rediffuseurs d’informations sur les transactions en cours, habituellement cachées aux négociateurs», souligne Dounia Taârji, DG du CDVM. L’enquête est quasi terminée. Il s’est agi de «déterminer les responsabilités, le périmètre de diffusion, s’assurer de la susceptibilité d’utilisations des informations et évaluer un éventuel impact sur le cours». De plus, le gendarme de la Bourse assure qu’il compte proposer aux administrateurs de rendre publics les résultats de l’enquête afin de «mettre toute la lumière sur les rumeurs qui perturbent le marché depuis des semaines». Dans cette affaire, beaucoup de zones d’ombre persistent. Quelles sont les responsabilités des gestionnaires de la Bourse? Est-ce que le site Boursomaroc a profité d’éventuelles complicités? A qui ces défaillances ont-elles profité, sur quels volumes ont-elles porté? Quel a été leur impact sur le comportement des cours? Y aura-t-il des sanctions? Taârji assure qu’une partie de ces interrogations serait à l’ordre du jour du CA du CDVM, «qu’elle espère pour le mois de novembre». Le marché se fait l’écho d’éventuelles sanctions contre Omar Idrissi Kaîtouni, responsable du système d’information à la Bourse de Casablanca, reste à savoir si celle de son président Fathallah Berrada est engagée aussi.
Contacté par le quotidien L’Economiste, le président de la Bourse s’est abstenu de commenter cette affaire.
Pour sa part, Ghali Sanhaji, DG du site Boursomaroc, qui ne veut pas «servir de bouc émissaire», assure que le système informatique est commun à toutes les sociétés». Sur les origines de la défaillance, il affirme que «la Bourse a envoyé les quantités montrées à la place des quantités cachées». Ce qui aurait profité à bon nombre de traders.
Quels sont les dessous de ce micmac? Une certitude, le ministère devrait monter au créneau pour rassurer le marché.
