Le marasme boursier marqué par la baisse substantielle des volumes affecte significativement l’activité des sociétés de bourse. Ces dernières tardent à publier leurs résultats 2008, malgré le dépassement du délai légal. Toutes n’ont pas les mêmes chances de s’en sortir, mais toutes avancent la nécessité d’une IPO (introduction en Bourse) pour débloquer les choses.
Les volumes de transactions ont connu une baisse substantielle d’au moins 40% sur le début 2009. Une donne qui renseigne sur le désamour dont souffre la bourse casablancaise, et pointe le doigt sur l’impact de la situation actuelle sur l’activité des sociétés de bourse. En effet, le chiffre d’affaires de ces dernières est étroitement lié au volume d’activité. Or, avec une baisse aussi significative des volumes, on peut dire sans trop se risquer que les comptes des sociétés de bourse seront terriblement affectés. En 2008 déjà, la baisse des volumes de transactions a été notable, passant de 360 milliards de DH une année auparavant à 240 milliards. Certes, Youssef Benkirane, président de l’association professionnelle des sociétés de bourse, tempère ces chiffres en arguant que 2007 fût une année faste, tout en concédant la régression du chiffre d’affaires 2008 de ses acteurs du marché. En attendant qu’elles publient leurs résultats 2008, les estimations donnent une fourchette de régression située entre 18 et 40%. Les chiffres de ce début d’année confirment les difficultés des intermédiaires boursiers.
Les gros résisteront mieux
Pour l’instant, le mot d’ordre est de plier pour ne pas rompre en attendant des jours meilleurs. Mais l’impact est à relativiser d’une société de bourse à une autre. Youssef Benkirane estime : «si l’ensemble des sociétés de bourse sont affectées par la crise, les leaders pourront résister plus facilement que les autres». En effet, ces leaders ont accumulé les réserves pendant les années d’euphorie et cela constitue pour eux un trésor de guerre apte à leur donner les moyens de la survie en cette période d’adversité. Aussi, celles qui sont là depuis 2003 sont privilégiées par rapport aux autres, mais cela dépend aussi de la solidité du socle financier. Ainsi, les filiales de grandes banques telles que Attijari Intermédiation, BMCE capital bourse ou encore CDG capital bourse jouissent du soutien indéfectible de leurs maisons-mères. Mais, cela peut être aussi le cas de la dernière en date des sociétés de bourse casablancaises, Integra bourse. Arrivée sur le marché il y a près d’un an, elle n’a connu qu’un marché en difficulté et n’a pas eu le temps d’accumuler du gras comme les autres. Toutefois, son patron, Ghassen Belhadj Jrad, se targue de la confiance de sa maison mère et avance : «la force de frappe de Tunisie Valeurs, ses moyens financiers et sa notoriété sur le marché international sont de nature à nous protéger de tout risque majeur». C’est ainsi que le top manager d’Integra balaye d’un revers de main le risque de cessation d’activité au Maroc. D’autres seront peut être moins parés à la tempête et s’ils réussissent à survivre, ils y laisseront des plumes.
En tout cas, toutes les sociétés de bourse placent leurs espoirs dans l’éventualité d’une introduction en bourse. Le premier semestre de l’année s’est écoulé sans qu’aucune entreprise ne fasse part de son intention de s’introduire à la cote, mais l’espoir demeure que cela se fasse dans la seconde moitié de l’année. Le nouveau directeur général de la Bourse, Karim Hajji, rassure : «L’année 2009 n’est pas encore terminée et on espère au moins une introduction en bourse à la rentrée». Mais, d’aucun sait que personne ne veut prendre le risque d’une IPO ratée, surtout que le mal de la place casablancaise se nomme manque de confiance. Alors, la porte de sortie la plus probable reste la privatisation d’une entité publique. Car, quand le privé hésite, c’est l’Etat qui doit donner l’exemple, même si le risque sera pris avec les deniers du contribuable. Toujours est-il que sans IPO, les banques conseil, autres acteurs du marché, verront leurs compteurs rester proches du zéro et dans leur sillage les sociétés d’intermédiation boursière. Le plus inquiétant dans tout ça ? Le délai légal pour la publication de résultats des sociétés de bourse est dépassé. Or, ces résultats tardent à arriver. Doit-on s’attendre au pire ?
